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Rien de nouveau au soleil ! ( Par ​Samuel SENE)

Dakaractu il y a 16 jours - @Actualité

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Rien de nouveau au soleil ! ( Par ​Samuel SENE)
A-t-il, depuis son accession à la magistrature suprême, déjà tenu parole ? Aurait-il une fois cédé à la demande des chefs religieux, à la fois ressorts et régulateurs sociaux ? Se sent-il même moralement soumis à un code d’éthique et d’honneur ?  Macky Sall n’avait-il pas promis de réduire son mandat de 7 ans à 5 ans ? Faire des promesses n’est-il pas pour lui un jeu d’enfant ? En d’autres termes, que gagne-t-il à en faire sans pouvoir les tenir ? Ne s’est-il pas à plusieurs reprises dédit, déjugé et renié ? Une décision empreinte de froideur horrible et de cachoterie mesquine, peut-elle véritablement être en corrélation avec sa posture et sa stature ?

En faisant le jeu du PDS, le président Macky Sall montre très clairement son côté sombre et lugubre, sa face hideuse cachée, sa vraie personnalité. Par sa décision, Macky Sall s’est illégalement et illégitimement attribué des prérogatives qu’il ne tient ni de la Constitution, ni d’aucune loi de la République. Quand vous avez eu l’honneur et le bonheur de diriger votre pays qui s’est patiemment forgé une image de modèle et de vitrine démocratique dans une sous-région en proie à la violence, à l’instabilité et aux multiples coups d’Etat, vous ne pouvez pas et ne devez pas vous offrir en contre-modèle. Au contraire, vous devez vous hisser à la hauteur républicaine de la réputation de votre pays qui vous aura tout donné. Autrement dit, ce serait de l’ingratitude, de la bassesse et de la haute trahison. Le Sénégal si fier et jaloux de sa démocratie, n’a jamais été autant indexé, moqué, chahuté et tourné en dérision à travers le monde et, plus dérangeant encore par des dictateurs, que sous le magistère accidentel de Macky Sall. Ce président, au  crépuscule de son mandat auquel il s’accroche, est lâché par la communauté internationale et lynché par les médias et les réseaux sociaux. En prenant la funeste décision de saborder et de reporter le calendrier républicain, lui qui a eu tous les honneurs grâce au Sénégal, vient d’écorner, d’écorcher et d’ébrécher l’image si belle et policée de son pays. Du coup, il s’embourbe dans la poubelle de l’histoire, plongeant hélas le Sénégal dans l’ère de l’anormalité constitutionnelle, de l’instabilité politique et des incertitudes économiques. Sa décision anticonstitutionnelle de reporter l’élection présidentielle ouvre la boite de pandore. Il n’a pas mesuré tous les risques encourus. Déjà trois morts enregistrés dans la jeunesse! Quelle honte ! Et pourtant, un champ de carrière post-présidentiel s’était déjà grandement ouvert à lui. 

Le slogan la patrie avant le parti n’a jamais convaincu les citoyens. Au contraire, le parti passait toujours avant la patrie.  Seuls comptent ses intérêts propres et ceux de son clan qu’il met toujours depuis le début au-dessus de l’intérêt supérieur du Sénégal qu’il feint pourtant d’avoir à cœur. La classe d’hommes d’Etat a disparu depuis l’avènement des libéraux en 2000. Depuis lors, c’est passé de mal en pis. En effet, une caste de politiciens avides d’honneur et de pouvoir a fait main basse sur le Sénégal. Elle ne s’inquiète pas de l’impasse dans laquelle elle plongerait le pays. De même que les fleuves ne remontent pas à leurs sources, de même aussi il est impossible de refaire l’histoire. Ils sont sans scrupule, sans cœur et sans âme. Jamais la vie n’aura été aussi chère au Sénégal même aux pires moments d’austérité des ignobles ajustements structurels, de l’impitoyable dévaluation du Franc CFA et du non moins rigoureux et vigoureux plan de redressement dit Sakho-Loum. 

Macky Sall doit savoir qu’il n’est ni indispensable ni éternel. Il doit surtout comprendre que personne ne l’avait imposé au peuple. S’il en était suffisamment conscient, jamais il ne chercherait à forcer le choix du peuple souverain pour élire son successeur. S’il sent que son candidat ne fera pas le poids, qu’il comprenne que le report affaiblira davantage son camp. Pourquoi peine-t-il à accepter que c’est aux citoyens de choisir souverainement et conformément au calendrier républicain, la personne qui doit conduire les destinées du pays ? Qu’il le veuille ou non, le peuple prendra comme d’habitude ses responsabilités et alors, il quittera le pouvoir. Il ne lui appartient pas de chercher à contrôler le choix des électeurs sénégalais, pour leur prochain président. Les chefs religieux ont si bien compris que les consignes de vote ne passent plus auprès de leurs fidèles qui appartiennent à différents partis ou coalitions, qu’ils évitent maintenant de se rabaisser par un vote qui ne suivrait point leurs orientations.

Nous attendons la décision du Conseil Constitutionnel : mais comment pourrait-il, après avoir refusé la réduction du mandat du Président (2012-2017) valider son allongement en 2024 ? Quoiqu’il advienne, c’est au peuple souverain d’imposer un retour à un l’ordre constitutionnel aux aventuriers politiciens. Tout leader qui se déroberait sous le fallacieux prétexte du dialogue national se mettrait indéniablement du mauvais côté de l’histoire. Le Sénégal ne peut se résumer à une démocratie électorale. La caste politique qui est une infirme minorité, ne doit sous aucun prétexte, prendre ce beau pays en otage. C’est aux citoyens de ne pas l’accepter. Il leur faut être vigilant pour mettre définitivement hors d’état de nuire tout politicard qui serait du gaz carbonique à la bonne respiration de la démocratie sénégalaise. La classe (encore que ce terme ne sied plus à leur bassesse) ou caste politique sénégalaise ne serait-elle pas dans une faillite éthique totale ? N’est-elle pas depuis belle lurette, plongée dans un  état comateux de déliquescence républicaine ? Comment la sortir de cet état comateux en lui imposant une règle immuable où l’éthique serait une forme ou une formule de vie commune ?

C’est dire que la décision du chef de l’Etat de reporter les élections écœure, indigne et indispose le peuple souverain et, qu’il le veuille ou  non, affaiblit encore plus son candidat déjà fortement contesté au sein de son propre camp. Est-ce d’ailleurs l’une des raisons de la panique qui s’est vite emparée du pouvoir? Peut-on légalement pour ce report de la présidentielle invoquer valablement une question de sécurité nationale alors que la décision prise plonge plutôt le pays dans l’instabilité et l’insécurité ?

Faudrait-il seulement en vouloir à Macky Sall ? Aurait-il pu réussir ses inacceptables revirements s’il avait en face des politiciens propres, probes, honnêtes, incorruptibles et républicains? Comment ne pas donner raison à feu Oumar Sankharé quand il dit dans L’Etat d’urgence, que : « Le terme de politique suggère dans la langue du pays le pastiche et la postiche, le faux et la fraude ?» Il renchérit en disant que par essence, tout politicien était un personnage faux, un hypocrite qui va au-devant de son prochain lorsqu’il a besoin de sa voix et qui s’empresse de l’oublier si son objectif est atteint. Le vote en faveur du report est la preuve que l’Assemblée Nationale n’est rien d’autre qu’une chambre d’enregistrement et d’entérinement des décisions de l’exécutif. Une assemblée nationale de racaille et de pagaille n’incarne aucun pouvoir législatif et ne s’inscrit dans aucune logique de séparation des pouvoirs. Faut-il oublier les précieux conseils de Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh aux députés de la treizième législature, sous le magistère d’Abdou Diouf ? Ne sont-ils pas plus que d’actualité aujourd’hui ?  Ce qui est plus amusant, c’est que le bas niveau des députés ne leur permet apparemment pas de faire du fameux discours ou de la  leçon inaugurale du Juge Kéba Mbaye sur l’éthique, aujourd’hui en 2005 à l’UCAD, leur viatique et leur pédagogie parlementaire d’action. Et pourtant, leurs titres d’honorables leur aurait imposé en conscience de voter objectivement des lois et de prendre des décisions exclusivemen...

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